Vendredi 13 avril 2012 5 13 /04 /Avr /2012 22:53

http://www.youtube.com/watch?v=ANOhYglhMjk


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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 10:37

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Lundi 2 avril 2012 1 02 /04 /Avr /2012 10:34

Dans son texte l’écrivain s’installe comme chez lui. De même qu’il sème le désordre avec les papiers, les livres, les crayons et documents qu’il transporte d’une pièce dans l’autre, de même se comporte-t-il avec ses pensées. Pour lui elles deviennent les meubles dans lesquels il s’installe, où il se sent bien, où il cède à l’irritation. Il les caresse affectueusement, les use, dérange leur ordonnance, les réorganise autrement, fait des ravages parmi eux. Pour qui n’a plus de patrie il arrive même que l’écriture devienne le lieu qu’il habite. C’est alors qu’il produit lui aussi, comme jadis la famille, les inévitables déchets et débris de toute sorte. Mais il n’a plus de grenier, et il n’est jamais facile de se séparer de son rebut. Il le pousse donc devant soi et risque fort de finir par en remplir ses pages. L’obligation où l’on est de se durcir envers l’apitoiement sur soi-même inclut une autre obligation d’ordre technique, qui est d’opposer une extrême vigilance au relâchement de la tension intellectuelle et d’éliminer toutes les scories déposées par le travail, tout ce qui continue à tourner à vide et qui composa peut-être, à un stage antérieur, la chaude atmosphère faite de ce bavardage qui s’y développait et qui n’est plus désormais qu’un résidu moisi, insipide. L’écrivain n’a en fin de compte pas même le droit d’habiter dans l’écriture.

 

Theodor W. Adorno, Minima Moralia, Réflexions sur la vie mutilée, petite bibliothèque payot, 2001


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Lundi 12 mars 2012 1 12 /03 /Mars /2012 22:49

Nouveaux, revue en ligne de textes et lectures de textes d'architecture:

 

 

www.inplano.net


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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 10:21

Lorsque j’annonce que je travaille sur les camps de réfugiés, la réaction est souvent « mais quel est le rapport avec l’architecture ? ». Cette question m’a toujours surprise. Je travaille sur des endroits où des gens vivent souvent longtemps, où des infrastructures sont installées, il ne pouvait pas n’y avoir aucun rapport avec l’architecture. N’est-elle pas liée de façon intrinsèque à l’idée même d’humanité ? Des hommes peuvent-ils vivre dans un endroit pendant plusieurs années sans qu’il y ait architecture ? Etait-ce le camp qui posait problème ? Pourtant, je pense que si j’avais annoncé que je travaillais sur l’architecture et l’aménagement des camps de vacances dans les années 60, l’empreinte des camps d’extermination nazi dans les mémoires et le paysage, le plan du camp romain comme modèle urbain... tout le monde aurait vu un rapport à l’architecture. Est-ce la notion de provisoire, inhérente à l’idée de camp, qui déclenche ces réaction ? Surement pas, on a suffisamment vu fleurir de projets d’architecture éphémère  pour repousser cette idée.
Ce n’est donc ni le mot « camp », ni la notion de provisoire qui lui est liée qui empêchent l’architecture. Si ce n’est pas le camp, c’est donc le réfugié qui pose problème. Le terme de réfugié est avant tout un statut fixé par la convention de Genève de 1951. Un statut temporaire comme il en existe tant : salarié, chômeur, RMIste, retraité, lycéen, étudiant... Notre vie est rythmée de différents statuts, plus ou moins durables et accidentels. Mais on peut déjà faire une remarque : le « camp de réfugiés » fait plus que relier un espace à un statut, il les entremêle jusqu’à les faire coïncider. Cependant, ce n’est pas le seul : une maison de retraite ou une résidence étudiante possèdent les mêmes qualités. Y aurait-il donc un statut particulier qui, joint à un espace particulier, éjecterait tout un groupe de personnes hors de la sphère de l’architecture ?
Après plus d’un an à travailler sur le sujet, j’ai du mal à me souvenir de ce qu’est un camp de réfugiés pour la majorité des gens. Mais je tente quand même l’expérience. Un camp de réfugié, c’est un endroit dans une zone calme où des gens qui ont vécu une catastrophe peuvent recevoir de l’aide en attendant de pouvoir rentrer chez eux quand la catastrophe sera finie. Que cette définition soit extrêmement simpliste et passablement erronée ne change rien à l’affaire : pour la plupart des gens, un camp de réfugiés est un endroit transitoire de courte durée. C’est un peu le hall d’attente d’une gare où on lit son journal en attendant que son train arrive. Et encore, on arrive sans problème à faire le rapprochement entre un hall de gare et l’architecture. Un mémoire intitulé « le hall de gare comme lieu d’attente » ne soulèverait pas la question de la présence ou non de l’architecture, ne serait-ce que parce qu’une gare est construite... par un architecte. Et si ce n’était pas le provisoire, le transitoire ou l’attente qui posaient problème, mais le  fait que les camps ne soient pas construits par des architectes ? Ce qui reviendrait à nier la possibilité d’une architecture vernaculaire, ce que personne ne ferait. Est-ce tout simplement que les camps ne sont pas « construits », mais posés ? Pour une majorité de gens, un camp de réfugiés c’est un quadrillage de tentes posées là sans souci de ce qu’est ce « là ». Structure légère et négation du contexte... ces deux notions ne suffisent pas à expliquer une absence d’architecture : une tente peut être perçue comme un objet architectural à part entière et le mouvement moderne ne s’embarrassait généralement pas de contextualiser ses projets. De plus, des architectes ont travaillé sur des abris d’urgence. Et la recherche d’une architecture mobile, facilement montable et démontable, adaptable à tout type de terrain et de climat a travaillé nombre d’entre eux. D’ailleurs je pense qu’un mémoire sur la typologie des abris d’urgence n’entrainerait pas le type de réaction que j’ai rencontré.
Qu’est-ce donc qui pose problème ? Pourquoi ne voit-on, à  première vue, pas de rapport entre un camp de réfugiés et l’architecture ? Ce n’est pas le camp, ni un statut provisoire, ni le provisoire lui-même, ce n’est pas la coïncidence entre un statut et un endroit géographique, ce n’est ni l’attente ni le transitoire, ce n’est pas l’absence d’architecte ou de contexte, ce n’est pas la légèreté des installations ou l’abri qui en constitue la base... Alors quoi ? Serait-ce tout cela mis ensemble ?
Et puis d’abord, qu’est-ce que l’architecture ? Si on se réfère à un de ses mythes créateur, elle vient de la cabane primitive. Elle est donc fortement liée à l’idée d’ « habiter ».  Habite-t-on un camp de réfugiés ? Si je reprends l’analogie donnée plus haut, cela reviendrait à demander « habite-t-on un hall de gare ?». Qui me répondrait « oui », même si un hall de gare abrite toute une série d’usages et de pratiques qui, d’une certaine façon, y habitent. Mais passeriez-vous 10 ans dans un hall de gare ? Car dans les faits, la plupart des camps de réfugiés, notamment ceux créés en parallèle à un conflit armé, s’installent dans la durée.
Si, pour le camp de réfugiés, le rapport à l’architecture  n’est pas évident, c’est peut-être dû à un interdit d’habiter qui y est la première règle. Et c’est sans doute ce qui m’a poussé à répondre la dernière fois qu’on m’a fait la remarque : « c’est peut-être justement là qu’est le problème ».

 

 

Par Anna

 

PS : et parce que ce blog est beaucoup trop sérieux, je vous propose de regarder cette vidéo :

 


 

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Mardi 11 octobre 2011 2 11 /10 /Oct /2011 18:56

                                                                  

 

 

Il faudrait laisser le commencement s’installer peut-être.

Mais pour cela il faudrait au commencement quelque chose qui le fasse se cristalliser. Comme une bulle de champagne qui se forme à partir d’une petite impureté dans le verre, invisible à l’œil nu.

Un élément perturbateur.

 

Reprenons.

Socrate se promène sur le rivage, cette zone entre terre et mer qui reste indécise, son regard s’arrête sur un objet. Socrate s’arrête. Et dans le même temps ses pensées s’arrêtent elles aussi. L’objet n’a pas de forme reconnaissable. Il échappe à toute réponse. Il met mal à l’aise.

Cette histoire, c’est Paul Valéry qui la raconte, dans Eupalinos. Je n’en garde à dessein que ce qui m’intéresse, une anecdote. Socrate, égaré, en proie à un doute innommable rejette ensuite l’objet à la mer.

L’objet est peut-être notre élément perturbateur…

 

Encore une fois.

Cette fois, nous sommes dans le jardin du musée Rodin. Il y a une exposition qui s’intitule Henry Moore, l’atelier. Ils ont installé en plein centre de la première cour, celle qui se trouve entre l’accueil et le château, une sculpture monumentale de Moore, une arche. « the arch ». Curieusement, elle fait penser à cet objet que Socrate a ramassé un jour, avant de délibérément le rejeter dans l’oubli. Cette arche est belle. Elle nous ouvre un espace qui semble nous appartenir. On pourrait sûrement s’y reposer s’il ne pleuvait pas, ou y douter à loisir.

Voilà, cette arche, c’est ce que nous cherchons. C’est notre arché, notre commencement.

 

Alors, commençons.

L’arche n’est pas ce dont nous allons parler. C’est le principe qui va guider notre parole. L’étrange beauté de cette arche, espérons-le, va nous conduire quelque part. Tâchons de suivre ce fil, qui ne correspond à rien de connu. (Vitruve, Alberti, et tous les autres rejetons de Socrate ne nous seront d’aucune aide sur ce chemin)… ce n’est pas une histoire de proportion, d’équilibre, ou de rapport harmonique de parties à un tout. C’est d’autre chose qu’il s’agit, qui ne se traduit pas en termes esthétiques,  quelque chose qui nous porte, nous retient, nous rassemble peut-être. Quelque chose qui nous plonge vers toujours plus enfoui, plutôt qu’elle ne nous élève. Disons une transparence plus qu’une transcendance.

 

C’est assez difficile d’en parler. Socrate avait déjà constaté la difficulté de parler du beau en lui-même. Peut-être a-t-il repensé malgré tout, lorsqu’il tenait en main cet étrange objet, à la discussion qu’il avait eu avec Hippias au sujet de la beauté. Hippias se trouvait alors à Athènes, il revenait tout juste d’un long séjour en contrées barbares. Les Barbares étaient-ils sensibles eux aussi à la beauté ? A la beauté d’une jolie fille, à celle de l’or pur, certainement. A celle d’une vie comblée, peut-être ? A mesure que la discussion avançait, la beauté semblait s’échapper. Les arguments avancés ne faisaient finalement qu’éloigner d’eux le véritable objet de la discussion. Le convenable, l’utile, l’avantageux, l’agréable, seuls se présentaient à eux des qualificatifs, qui ne définissaient leur objet qu’à travers ses propres causes, et non pour lui-même. Comme si la nature du beau échappait finalement à toute réalité sensible, à toute représentation. Cette conversation avait mis en évidence une série d’impasses, que Socrate, humblement, avait tenues pour éclairantes.

 

Revenons à l’étrange objet trouvé sur la grève. Aucune utilité a priori, aucun avantage à en tirer, sans agrément aucun puisque ne ressemblant à rien, en fait, c’est l’exemple parfait d’un objet ne répondant à aucune condition posée précédemment pour être qualifié de beau. Et malgré tout, Socrate passe à côté et ne parvient pas à l’ignorer. Il est comme happé par la présence de cette chose. Je voudrais avancer cette hypothèse, même si elle est un peu audacieuse : cette chose à la présence si forte avait pris la consistance de la beauté, donnait à voir à Socrate l’essence de la beauté en ce qu’elle a de plus secret, celle-là même qui lui avait échappée. Ce noyau d’étrangeté, de par sa nature rebelle à toute appréhension et toute compréhension se donnait, ici, aux yeux de Socrate sous la forme de toutes les impasses qu’il avait soulevées en compagnie d’Hippias. Comme un appel, un seuil. Le coeur de la beauté s’offrant enfin à lui, mais pour le voir, il devait effectuer un retournement complet, au-delà de ses forces. Oublier l’objet comme objet, s’oublier lui-même comme sujet, et d’un saut quitter les catégories sensibles qui le cantonnaient au champ de la représentation. Il en a senti l’effort nécessaire, mais n’a pu le fournir. Comme s’il devait se renier.

 

Se pose ici une question inévitable si l’on souhaite continuer à suivre ce fil sans tirer dessus. Peut-on parler de beauté ? Puisqu’elle trouve toujours une brèche dans la réflexion par laquelle s’échapper. Peut-être ne faut-il pas en  parler. Théoriser, c’est déjà perdre de vue ce dont il s’agit. L’idéal serait que, tout en parlant, nous ne dissocions pas le pratique du théorique. A ce titre, les chemins qu’Heidegger a empruntés l’ont toujours conduit hors de toute dualité, les oppositions telles que théorie-pratique, sujet-objet n’ont jamais eu à être dépassées, parce que là d’où précisément Heidegger parlait, elles n’avaient tout simplement plus lieu d’être. La textualité dans laquelle se place Heidegger est celle de l’entretien. Entretenir comme mode de textualité. L’entretien, c’est l’entretien de la parole, et de ce dont il est question. L’entretien ménage la chose dont il souhaite s’approcher. L’entretien ne parle pas donc, il ne représente pas, sous peine de perdre définitivement ce qu’il vise, mais il garde en tête, que jamais il ne l’atteindra, précaution préalable et nécessaire certainement pour s’en approcher le plus possible.

 

L’entretien, c’est la précaution. J’ai dit que j’avais écrit beaucoup d’introductions avant celle-ci. Que j’avais tenté de mettre à plat ma pensée à maintes reprises, mais encore jamais deux trajets identiques ne se sont dessinés. Est-ce à dire que la reprise de l’histoire est impossible, qu’elle ne trouvera jamais une base fixe pour tenter de dé-finir ce qu’est la beauté? Non, sûrement pas. La reprise est d’autant plus effective que la même histoire toujours se dessine toujours, sans jamais être identique. Les choses se disent, s’ouvrent, se reprennent d’elles-mêmes. Les entretenir, c’est tâcher de ne pas les étouffer avant même de les avoir entrevues. Qu’elles nous fatiguent jusqu’à ce qu’enfin nous ne leur opposions plus de résistance, et qu’elles se donnent au moment où on ne les attend plus. C’est en cette advenue que se trouve la beauté. La forme n’est pas, ici, le produit conscient d’un artiste qui vise une certaine harmonie, la forme, est l’advenue même, du réel dans l’ordre du beau. Henri Moore ne travaillait pas ses formes, il se laissait travailler par elles. Elles apparaissaient au moment opportun. Cet opportun est la porte par laquelle la beauté s’introduit. C’est le seuil d’où elle saute. Ménager dans le discours cet opportun c’est l’entretien.

 

On ne peut aisément définir la forme « singulière » de l’arche d’Henri Moore, si ce n’est, à l’image de l’objet de Socrate : « ne ressemblant à rien, et pourtant (…) pas informe ». Etrange donc, étrangement belle, pleinement présente, présence ridiculisant la petite pancarte explicative plantée à côté et tout le dispositif de mise en scène qui l’accompagne, jusqu’au musée même qui s’absente, pendant que nous nous tenons tout entier sous elle. L’étrangeté de cette forme est précisément ce qui nous invite à éviter l’écueil de la représentation. La beauté dont nous parlons ici est ingrate, elle n’est pas séductrice, elle se donne ici en son plus simple appareil, brute, crue, violente, presque repoussante. Elle s’échappe de la forme qui nous est donné de voir, précisément parce que la forme même nous échappe. Cette beauté n’est pas d’ordre sensible ou intellectuelle, elle est ce qui nous tient tout entier. C’est ce que Socrate refuse, d’être tenu par autre chose que lui-même.

 

Revenons à Socrate, imaginons-le au musée Rodin, et plus improbable, imaginons que son regard n’a pas croisé les sculptures d’Auguste, ce qui l’aurait très certainement occupé un moment, mais qu’il est entré directement dans les galeries dédiées aux travaux de Moore. Il y a là une réplique de la pièce qui servait d’atelier au sculpteur, agencement de l’espace, tables, rayonnages, sont reproduits fidèlement. Et tout le bordel de l’artiste avec : un chaos si bien ordonné que les œuvres et études de l’artiste ne se distinguent quasiment pas des os, coquilles ou bois flottés et squelettes glanés ici et là. Toutes ces choses semblaient échouées en marge d’une réalité. L’atelier ressemblait au paysage des origines sur lequel se promenait Socrate, et le scepticisme qu’il éprouva, sur l’estran l’aurait très certainement repris ici. Il aurait quitté la salle saisit d’une angoisse aveugle.

 

L’atelier nous apporte une compréhension plus claire de ce qu’est le travail de Moore. Le terme de travail est à ce stade du discours impropre. Il conviendrait mieux de parler d’attitude. Moore travaille comme la mer travaille, infatigablement, par assauts répétés. Toujours plus sincèrement. A l’écoute simplement, à l’écoute de la beauté. La beauté est cet appel à quoi répond l’artiste. L’artiste en est responsable avant tout. On pourrait presque dire que c’est la beauté qui travaille, elle travaille au cœur même de la volonté de l’homme, la repliant sur elle-même, la faisant se vouloir elle-même, en un dépassement permanent, de sorte que rien n’en affecte la conscience. Aucun regret. Jamais. La forme de l’oeuvre n’est plus que la conséquence de la tenue de cette attitude. Une cristallisation de ce mouvement empreint de vie. Cette forme qui plongeait Socrate dans le doute, pleinement étrangère, ne trouve sa consistance qu’en elle-même, sous l’action transformante de l’artiste.

Sa beauté, c’est le témoignage qu’elle en donne, seul don gratuit s’il en est.

 


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Jeudi 19 mai 2011 4 19 /05 /Mai /2011 12:53

 

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Qualifié pour certains comme « l'architecte européen par excellence », c'est à dire doué de l'habileté technique anglo-saxonne et son aptitude méditerranéenne à penser et à réfléchir les qualités d'un espace, les projets de l'architecte anglais David Chipperfield constituent une sorte d'équilibre entre recherche pratique et qualitative du lieu.

Calme, sereine, son architecture exprime par ailleurs une forte présence physique, un puissant sentiment de matérialité, d'adhésion au site : une atmosphère qu'on pourrait qualifier de méditative. D'apparence formelle souvent simple, son travail de conception fait preuve d'une grande qualité de synthèse des intentions, matérialisée au travers d'une architecture résultant d'un parfait équilibre entre des données objectives et des intentions, s'avérant souvent contradictoires. C'est cette recherche d'équilibre que nous chercherons à souligner dans son projet d'extension du cimetière de San Michele à Venise.

La particularité de ce type de projet, de par sa nature même, et peut être plus que tout autre, est l'occasion pour un concepteur d'incarner par l'architecture une certaine vision du monde, de la vie. Un rapport aux choses qui ne saurait s'établir sans s'abstraire de la prégnance de l'imaginaire. Même si celui-ci semble dévalorisé par une pensée objectiviste, il en demeure néanmoins particulièrement latent; comme ces images qui nous collent à la peau, nous poursuivent, tel un spectre volant, nous poursuivant par les airs, et laissant de son ombre, imprégner notre inconscient.

Sans pour autant rentrer dans le détail de l'exploration de ce vaste monde qu'est celui de l'imaginaire, on notera, comme l'a bien montré Gilbert Durand1, que celui-ci peut être structuré par des régimes d'images radicalement opposés : le régime diurne dominé par une pensée de l'antithèse et de la séparation, et le régime nocturne. Celui-ci se décompose en deux structures distinctes, mystique dont l'idée repose principalement sur une inversion de valeurs habituellement attribuées aux images (en l'occurrence, par le régime diurne) et la structure synthétique, renvoyant à une pensée cyclique du temps. Quand on sait qu'à l'origine de toute production d'image se situe l'angoisse primitive de l'homme face au temps qui passe et dont l'ultime conséquence pour son être constitue sa propre mort, on comprend peut être davantage la prétention d'analyser une œuvre architecturale, d'autant plus lorsqu'il s'agit d'un cimetière, par le biais des images et des symboles, qui dotés d'un certain pouvoir englobant sur notre rapport au monde, cristallise par ailleurs une somme de valeurs fortes et impérissables de nos rêveries.

On tentera ainsi de mettre en évidence brièvement ces images qui transparaissent dans ce projet d'extension du cimetière de San Michele par David Chipperfield en prenant pour méthodologie la classification élaborée par Gilbert Durand.

 

Régime diurne

Structure schizomorphe

 

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  • CLOTURER

       Tout d'abord, le contexte particulier du cimetière, par son insularité, relève d'une pensée séparatiste entre monde des vivants et celui des morts, très en vogue au XIXè suite au décret de Napoléon. Il n'en demeure pas moins que cette image de l'île constitue un symbole particulièrement efficient dans notre imaginaire : l'île de la féed'Edgar Allan Poe ou encore Lîle des mortsde Böcklin en sont autant de manifestations artistiques et littéraires. L'isolement par l'eau, qui constitue une barrière horizontale, le calme, mais aussi le fantastique et la féerie demeurent des valeurs qui lui sont souvent associés. L'île contemplée depuis la terre ferme constitue une sorte d'appel à la rêverie. Ce qu'on ne peut atteindre que par l'eau, constituant cette région mystérieuse et inexplorée, qu'on peut facilement rapprocher et assimiler à la mort. Dans une autre optique, et c'est davantage celle-là qui caractérise son image, l'île symbolise le repos et l'intimité. On retrouve cette idée de cloturer au travers du nouveau projet par l'adjonction de la nouvelle île et par la mise en place de blocs particulièrement fermés sur l'extérieur. Néanmoins, nous verrons que ces éléments relèvent également d'autres logiques (symboles de l'intimité).

 

  • ELANCEMENT

      A l'intérieur des cours à l’atmosphère sereine et silencieuse, l'architecture, procure un sentiment d’élancement parcourant l'être entier, déchargé de toute valeur pesante, inhérente à notre condition humaine. A l'image de cette eau s'écoulant en permanence dans les vasques disposées aux coins des cours, nous nous voyons contraint de déposer, comme pour exorciser nos peines, nos malheurs et nos souffrances au sein de celles-ci. Guidé par l'appel mystérieux de l'eau comme celle de la fontaine de jouvence qui renouvelle, régénère, les larmes s'écoulant vers le bas, nous nous trouvons happés par cet appel de la hauteur, une ouverture pratiquée zénithalement qui laisse pénétrer verticalement la lumière au travers de cet espace. Par une sorte de transcendance, celui-ci acquiert un côté sacré, dont la lumière se fait l'ultime révélatrice.

 

  • VALORISATION DE LA LUMIERE

Là où l'espace entre (les blocs) nous offre un contexte formel extrêmement dépouillé, un sol et des parois entièrement lisses baignant le tout dans une étrange homogénéité, les cours semblent véritablement subjuguées par la présence de la lumière qui par contrastes avec l'ombre révèle la sacralité de cet intérieur. Réciproquement, cette architecture, comme le dirait Schopenhauer « a en outre pour but de nous dévoiler l'essence de la lumière(...) En effet, saisie, arrêtée, réfléchie par ces masses puissantes et opaques, aux contours nets et aux formes complexes, la lumière déploie de la façon la plus nette et la plus claire sa nature et ses propriétés »2. Par ce jeu de poteaux, de sur-toiture protégeant les passages périphériques, par ces percements au travers de ces murs épais, la lumière, en même temps qu'elle instaure, met en place un lieu hors de tout temps humain, trouve également ici les moyens de sa valorisation, qui la lie inévitablement à la hauteur céleste.

  • MONTER

        L'accès aux columbariums s'effectue par le biais de marches (au nombre de sept). Ceci confère à la séquence d'entrée au sein de cet espace dédié au recueillement un caractère processionnel. Il n'est ainsi pas rare de croiser des personnes exécutant le signe de croix après la montée des marches. Outre l'aspect religieux que cela implique et dans lequel nous ne voudrions pas rentrer, il n'en demeure pas moins que l'image de ces marches véhiculent une certaine portée symbolique. On pense au rituel des chamans montants les sept encoches pratiquées sur le bouleau cérémoniel pour parvenir jusqu'au ciel. Par ailleurs, cette valorisation de la hauteur rejoint l'idée d'ascension, mise en avant par le régime diurne.

 

  • PURETE

       A l'instar de l'eau lustrale de la source, l'eau s'écoulant dans les vasques devient « la substance même de la pureté »3. Mieux, nous pouvons dire qu'elle « rayonne la pureté »4. Claire, limpide et fraîche, prise dans un perpétuel mouvement ne connaissant ni changement, ni rupture face au monde qui l'entoure, elle constitue un contrepoint inaltérable à notre quotidienneté (changements de la vie, opacité des sentiments, de notre connaissance du monde, de notre inconscient qui ne se présente à la conscience, que de manière obstruée...). Simplement, elle nous présente son unique vérité.

 

Régime nocturne

Structure mystique

 
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  • EMBOITEMENT

       La conception du projet met clairement en évidence un jeu d'emboîtement progressif, d'ailleurs caractéristique dans le travail de l'architecte : l'île abrite l'ensemble du cimetière, la partie du nouveau projet se trouvant être circonscrite du reste par une enceinte formée de hauts murs, ce projet étant composée d'une série de blocs étant lui même subdivisée en cours (très souvent trois ou quatre) fermées les unes par rapport aux autres. Enfin, à l'intérieur de celles-ci, la partie la plus intime du recueillement, située dans les coins constitue la dernière pièce de ce jeu de poupée russe. Par cette ambivalence du contenant et du contenu, qui rappelle le statut avaleur-avalé de Gargantua ou encore Jonas à l'abri dans le ventre de la baleine, le projet met en place une progression de l'ouvert et de l'apparent à l'intime et au calme. Cette image de l'emboîtement se rattache ainsi aux symboles de l'inversion et du repos, typiques de la structure mystique de l'imaginaire. Inversion par la transformation de l'avaleur en avalé, et qui, à la valorisation de la lumière (et de la hauteur) va succéder celle de la pénombre (et du bas). Le tombeau et la mort, terrible et angoissant pour la structure schizomorphe du régime diurne va ainsi devenir, par cette mise en valeur, les grands symboles de l'intimité.

 

  • ISOLEMENT

        Deux grandes images de l'intimité apparaissent donc au travers du cimetière : celle de l'île et du labyrinthe qui caractérisent par ailleurs l'atmosphère de la ville même. L'île qui sépare, clôture, se dresse contre pour le régime diurne véhicule un tout autre aspect pour l'imagination mystique : celle de la quiétude ; on touche ainsi à ce que Durand appelle « l'insularité tranquille »5. Préservée du tumulte de la ville des vivants, l'île des morts est l'asile du repos, assurée de délivrer à ses habitants la magie des nuits secrètes. L'adjonction d'une nouvelle île, par le nouveau contact qu'elle introduit avec l'eau (canal séparant les deux îles) renforce cet isolement maritime, cette proximité de l'élément aquatique, comme origine et devenir du monde. La seconde image que nous retrouvons dans le projet est celle du labyrinthe. Par la mise en place de blocs géométriques simples, selon un principe particulièrement souple et flexible, ces lourdes masses de basalte, pierre volcanique, définissent un espace labyrinthique préservant les secrets du sépulcre. Fait de rétrécissements et de dilatations, sols et parois s' homogénéisent étrangement au point de plonger le visiteur au sein d'un courant impassible l'emportant dans une dérive incontrôlée. Le labyrinthe, ici, c'est « l'espace de l'être saisi dans sa primitivité(...),un couloir où glisse la vie, la vie qui va toujours croissant, creusant. »6. Y errer, c'est cheminer dans les méandres de sa propre existence, car nous demeurons « cachés à nous-mêmes »7. Cette obscurité de l'être, c'est en la puisant au fond de nous-mêmes, que nous parvenons véritablement à nous l'approprier, sans toutefois en résoudre l'énigme. Cette opération labyrinthique est en réalité « une appropriation de soi non labyrinthique ».8

 

  • REPOS

        A mesure qu'on pénètre de contenu en contenu, l'atmosphère se fait davantage propice au repos du recueillement. Nous avançons au travers d'espaces de plus en plus dérobés des regards , protégés par les parois enveloppantes qui apaisent l'esprit et conservent les secrets. L'ultime étape, les coins plongés dans la pénombre prends des allures de plongée dans l'antre de la grotte, d'où jaillit la source originelle : « Elle (la grotte) donne un sens immédiat au rêve d'un repos protégé, d'un repos tranquille. Passé un certain seuil de mystère et d'effroi, le rêveur entré dans la caverne sent qu'il pourrait vivre là. »9Lieu d'origine du développement humain, elle l'est aussi de sa mort : « Elle est la tombe de l'être quotidien, la tombe d'où l'on sort chaque matin, fort du sommeil de la terre. »10C'est l'image du centre, de la « cavité parfaite », cette grotte obscure et humide intimement liée à l’univers intra-utérin qui synthétise dialectiquement vie et mort.

 

  • REPETITION

       Comme le note Durand, « un caractère relie fortement le centre et son symbolisme à la grande constellation du Régime Nocturne: c'est la répétition. L'espace sacré possède ce remarquable pouvoir d'être multiplié indéfiniment. »11Qu'il s'agisse de temples, d'églises, de tapis de prières ou de cimetières, l'homme acquiert la maîtrise du temps cyclique (étudiée plus bas), par cette étape préliminaire de répétition spatial d'un centre (sacré). Cette opération souligne ainsi l'ubiquité du centre, sa capacité à être à plusieurs endroits simultanément. La répétition des blocs crée alors une multiplicité d'univers intimes propices au recueillement, où chacun acquiert son statut de centre sacré.

 

Structure synthétique

 

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  • LIAISON

        Un autre aspect particulièrement marquant du projet est le symbole de la liaison et du cycle. Outre une mise en exergue des valeurs de l'intimité, nous repérons une tendance à tisser des liens : entre l'île existante et la nouvelle d'une part, et plus largement de l'île à la ville d'autre part. Le franchissement d'une île à l'autre s'effectue par le biais de deux ponts, figure incontournable du lien. Par la persistance de certains tracés originels, par la mise en place d'un système régulateur, le projet tisse ainsi des liens entre l'existant et le projet, une transition progressive entre le cimetière actuel et l'extension de la nouvelle île. La façade de celle-ci donnant sur Venise se présente par une plate forme plantée de cyprès, émergeant à peine du niveau de l'eau et s'achève en partie arrière par un mur d'enceinte reprenant celui d'un bloc disposé à fleur de rive. Une image, depuis la ville, qui fait inévitablement penser à un tableau de Böcklin, un creusement minéral d'où émerge la silhouette des hauts cyprès filiformes, qui se veut comme un appel pour le navigateur de l'entre de deux rives. Cette façade se présentant comme un parc quasi ouvert constitue en un sens, l'union de deux contraires, le monde des vivants et celui des morts, la figure marquante d'une liaison improbable.

 

  • CYCLE

        Aucun état n'est éternel; pas même celui de la mort. La structure synthétique de l'imaginaire, portée par des symboliques cycliques, va se présenter au travers du projet sous deux images : celle de l'arbre, et plus particulièrement du cyprès, grand symbole du cycle, traversant tranquillementles affres du temps. Par le passage des saisons, il constitue ainsi la figure de l'immuabilité à travers ses changements. Par ailleurs, il parvient également à symboliser la réunion des contraires : solidement planté, ses racines s'enfoncent profondément jusqu'à dessiner l'image renversée de sa silhouette, dans les entrailles de la terre; à l'inverse,sa cime rejoint le royaume céleste, livrant ses feuilles au souffle du vent. Ainsi, l'arbre cristallise les images du haut et du bas, de la terre et du ciel. On retrouve ici, depuis la ville l'image de cette nouvelle île, arborant en son premier plan une masse végétale verticale contrastant avec l'horizontalité de la mer et de la plate-forme sur laquelle elle repose, prise au sein d'une synthèse étonnante, d'où émane l'image du cycle éternel. L'autre image se rattachant directement à cette idée est celle du cercle, soulignant le caractère cyclique du temps, à l'image d'une horloge. Même si ce symbole ne se retrouve pas directement par son aspect formel dans le dessin du projet, la disposition des blocs et des cours implique néanmoins le thème du tourner autour de: cerné par les sépultures, s'offrant à lui en terme de parois, le visiteur déambule autour d'une cour centrale par le biais d'un espace abrité (ce qui constitue une différence majeure vis à vis des cimetières « classiques ») . Que le corps soit directement engagé dans cet engrenage instaure un lien particulier avec l'idée de mort et les défunts lors des recueillements. Une figure circulaire figuré par la déambulation mettant directement en relation le jardin, image du changement cyclique, et les morts.


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J.Rouvillois

 

1DURAND Gilbert, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Dunod, Paris, 1992

2SCHOPENHAUER Arthur, Le monde comme volonté et comme représentation, PUF, Paris, 1966, p.278

3DURAND Gilbert, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Dunod, Paris, 1992, p.194

4BACHELARD Gaston, L'eau et les rêves, José Corti, Paris, 1942, p.195

5Ibid, p.190

6BACHELARD Gaston, La terre et les rêveries du repos, José Corti, Paris, 1948, p.270

7Ibid, p.290

8PAYOT Daniel, Le philosophe et l'architecte, Aubier, Paris, 1982, p.42

9BACHELARD Gaston, La terre et les rêveries du repos, José Corti, Paris, 1948, p.207-208

10Ibid, p.228

11DURAND Gilbert, Les structures anthropologiques de l'imaginaire, Dunod, Paris, 1992, p.284


 


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Mercredi 4 mai 2011 3 04 /05 /Mai /2011 01:01

        Le cercle de la vie, comme le cercle de la nature, l’infini, la clôture, le limite entre l’intérieur et l’extérieur, la forme pareille par tous les points des vues. Le cercle, le mot racine du mot Cyclades.

 

      Milos, c'est un “point” dans la carte, d’une valeur architecturale, culturelle et naturelle remarquable, qui change, qui s’évolue, qui s’altère, mais dont l’esprit du passé reste vivant.  

 

  Cyclades Cyclades-Milos

                      Ile-Lieu, Milos

  

«Par rapport à son valeur architecturale, ça pourrait être caractérisée par le simple, le géométrique, le presque primaire et distrait, dans son propre substance universel, diachronique, mais en même temps totalement neuf.

Pour cet art, l’art de l’essentiel, le recours à l’idéal classique, c’est un témoignage de décadence. L’imagination moderne se libère, elle se lève jusque les âges infantiles de la civilisation, elle se charme par la mythologie, par l’art primitive religieuse, par la préhistoire, par la forme archaïque simple, mais aussi par l’expression contemporaine des éléments diachroniques du passé, aux œuvres anonymes des maçons traditionnels et des artisans laïques (populaires).» 1

 

Art de Cyclades Architecture religieuse Croquis Le Corbusier(1911)

   Art de Cyclades-Architecture- Croquis de Le Corbusier(1911)

  

«Heidegger dans le livre Séjours-Aufenthalte décrit son voyage en Grèce en visant d’aborder les lieux d’une manière philosophique. C’est quoi une description philosophique?

 

La description du philosophe évite le sens commun de l’histoire et de l’esthétique et ça peut être un scandale par rapport aux historiens et aux esthéticiens, comme elle ne complice pas les critères de l’objectivité. Quand même la base de l’objectivité contemporaine c’est une question de la philosophie.

La narration de Heidegger cherche une sortie par l’époque de l’interprétation technique de la nature. Il ne considère pas le lieu comme “paysage” mais comme quelque chose de poétique, de philosophique. Il refuse l’interprétation de l’objectivité qui domine à nos jours, selon laquelle la technique est considérée comme le but de la connaissance. Un sens qui définie le lieu comme paysage et limite la philosophie à l’étude de la science, en l’isolant par la poésie.»  2

 

     La description du lieu peut dépendre de la langue utilisée. Comment est-ce que la langue, le patrimoine linguistique, le logos décrit un lieu? Est-ce que le dialecte utilisé à Milos aidera à une description philosophique plus “adéquate” à ce lieu ?

Est-ce que les particularités linguistiques qui existent jusqu' à nos jours à Milos, nous invitent à décrypter des idéologies et des modes de vie du passé ? Est-ce qu’ils existent seulement à l’expression orale ? Quelle est la relation entre la langue locale et l’architecture dominante ?

 Architecture Particulière Syrmata Architecture Particulière  « Syrmata »

 

     La première vue de l’ile par le bâteau provoque des sentiments particuliers. C’est la sensation interne de la mer, de l'eau, du familier. C’est l’attente de la liaison de l’homme avec la nature, une procédure qui se passe rarement dans les villes, et qui se justifie par la topographie, la géomorphologie et par l’échelle humaine.

Cette échelle humaine qui se devient encore plus forte dans un lieu isolé, au milieu de “nulle part”, de la mer ; la mer qui est depuis toujours là, mais qui est toujours en mouvement, et elle “observe” les changements de l’île. Est-ce que l’ile a vraiment des limites?

 

« Mais c’est quoi le paysage? Pour celui qui considère le soleil sur la mer que c’est le paysage, la vie et le mort se semblent faciles. Mais pour l’autre, c’est le miroir de l’immortalité, c’est la durée. Une durée que seulement sa lumière éblouissante ne te laisse pas la concevoir.» 3

        

      Le lieu comme notion est limité, c’est originel, naturel (physiko, physis=naissance), c’est l’espace pur, avant d’être touché par l’homme. Le lieu se caractérise par la géographie, la géomorphologie, par la présence de l’homme, par les odeurs de la nature, par le climat, par ses limites.

On utilise souvent les mots endroit, région, espace, mais on utilise rarement le mot “lieu” parce que c’est une notion personnelle. Ça peut être là, ou on est née, là ou on a vécu pendant notre enfance ou là d’où nos origines viennent. On hérite le lieu, et le lieu hérite l’homme.

  

Plaka, Milos, échelle humaine les maisons sortent de la te

Plaka, Milos, échelle humaine, « les maisons sortent de la terre »

  

      L’origine se réfère au lieu et au lien. Se réfère à cet héritage du lieu. Est-ce que peut un lieu être personnel même si on n’a jamais vécu là, ou on ne l’a jamais visité?  

Un lieu peut être personnel même si on ne l’a jamais visité en cas ou c’est un lieu imaginaire. Il est personnel, parce que la racine, le fil qui relie l'homme avec lui, c'est la pensée, qui a “crée” ce lieu.

 

« Heidegger nous rappelle qu’un être “pensant”, c’est d’ abord un habitant. On s’identifie d’un lieu. Tant que penseur, je ne m’appartiens pas dans un lieu, mais on s’appartient de tout ce qui s’entourent. Mais tant qu’habitant on se sent la familiarité, l’in-familiarité, et tout ça sans penser. L’habitant crée le lieu par œuvres et par paroles, il “habite poétiquement”. Le poète ne considère pas. Il se sent et il s’en prend soin. » 4

 

     L’habitant (usager-créateur), le touriste (récepteur) et le poète (récepteur+transmetteur) consistent la référence commune du lieu. Ils sont les références d’une œuvre architectural aussi. 

 

« Le touriste est par définition quelqu’un qui effectue une tournée et celle-ci passe par différents stations. S’il parle en un certain sens d’arrêts, Heidegger, lui, le fait évidemment pour privilégier l’installation sur le passage. Avec son radical halte, du verbe halten, tenir, se tenir, Aufenthalt suggère un suspens dont séjour ne donne malheureusement pas idée. Par là, le terme n’est sans doute pas sans un certain rapport avec le grec επιστήμη car le savoir, que désigne ce mot pour Platon et Aristote, requiert de se poster, se tenir à la bonne place pour “voir clair dans ce qui est”. Le “séjour” en question ne se réduit pas à une simple interruption dans un déplacement mais il se charge d’attente, d’étonnement, de posture d’aguet. Être au monde, ce n’est pas simplement être quelque part, c’est y prendre place, y trouver sa place.

Heidegger traduit “ethos (ήθος) signifie séjour.» 5 

 

    Heidegger  dans le livre Aufenthalte, fait un dialogue avec lui-même en passant par la narration littéraire à l’analyse philosophique et le contraire. Pendant son séjour, il veut pas être déçu par l’image qu’il aille voir et dont il avait déjà rêvée. En faisant face aux changements qui ont altéré le paysage, ou aux habitudes des touristes, pense au présent et pourquoi est-ce que “les dieux et avec eux la gloire du passé sont partis ?”. Il préfère parfois à rester dans le bateau au lieu de participer aux visites organisés.  



Mais les trônes, où ?les temples, et où les [récipients,

Où de nectar remplis, au plaisir de dieux le chant ?

Où, où parlent-ils donc par éclairs les aphorismes à [lointaine portée ?

                  Delphes sommeille et où bruit le grand destin ? » 

Hölderlin, Pain et Vin, 4e strophe

                       

                           

antigoni Ancien Théâtre de Milos

 Ancien Théâtre de Milos    

 

« Ce “où ?” s’ élevant du fond d’un grand abandonnement, appelant douloureusement-que cherche-t-il en questionnant? Qu’a en vue le poète en appelant? La fuite des dieux et, de pair avec elle, la désolation s’abattant sur l’habitation des hommes, le vide hantant leurs œuvres, leurs actions frappées d’inanité. Ici le regard s’aventure en direction de la Grèce en son être été mais il n’a pas pour le soutenir d’expérience effective du monde des iles.

Quant à nous, à cette heure, écoutons-nous encore cet appel? » 6

 

     L’attente du poète, c’est un espoir à un avenir basé de l’ancienneté, du début. Aux idéologies et aux valeurs propres, pures. Un espoir diachronique et à nos jours, indispensable.

 

Aphrodite de Milos Le drame économique en Grèce le changement actuel d’un

                                                         L’Aphrodite de Milos

«A-t-on jamais rendu plus simplement le silence en tant que spatialité d’un espace qui est celui du Dasein ?»

(Heidegger M., « Séjours: Aufenthalte », p.29)

  

«Au retour, tandis que nous roulions vers le port, l’idée se dégagea que, avec l’assaut éhonté du tourisme, une puissance étrangère étend son réseau de commandes et encore se voiler la face devant ce qui est que de vouloir faire abstraction de cette frénésie de voyage qui ne nous laisse pas de choix, au lieu de prendre en considération le gouffre qui s’étend entre le passé et le présent afin de reconnaitre le destin qui y fait loi.

La technique moderne et l’industrialisation scientifique du monde dont elle s’accompagne s’apprêtent, avec ce qu’elles ont d’irrésistible, à effacer toute possibilité de séjours.»  7

 

Miranda Pagoni

 

Le blanc, la lumiere  L architecture s'harmonise avec le paysage et l'homme se se 

 

 

 

1.TOURNIKIOTIS Panagiotis « Les iles de la mer Égée, Architecture », éd. Melissa, Athènes, 2003,p.70

2.FARACLAS George, traducteur de « Séjours : Le voyage en Grèce » HEIDEGGER Martin,éd. Kritiki,  Athènes, 1998, p. 9  

3.ELYTIS Odysseas, «Le Petite Nautile», éd. Ikaros, 1985,p.117 

4.FARACLAS George, traducteur de « Séjours : Le voyage en Grèce » HEIDEGGER Martin,éd. Kritiki,  Athènes, 1998, p. 15 

5.VEZIN François, traducteur de « Séjours : Aufenthalte » HEIDEGGER Martin, éd. Du Rocher, France 1992, p.97 

6.HEIDEGGER Martin, « Séjours : Aufenthalte », éd.Du Rocher, France,1992, p.9 

7.HEIDEGGER Martin, « Séjours : Aufenthalte », éd.Du Rocher, France,1992, p.81 


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Vendredi 22 avril 2011 5 22 /04 /Avr /2011 20:26

Les transformations sociales et culturelles contemporaines exigent que nous réinterrogions les relations primaires qui nous lient au autres, aux choses, au monde. Nous avons, en effet, à reconnaître, au-delà et à travers les données des sciences contemporaines, l’impact et l’imprégnation de ressources, qui sont le propre d’une conscience humaine élaborée, et dont l’intuition est, sans doute, un des plus beaux fleurons, à côté de la raison et de l’imagination.

 

ENTRE LIANCE ET RELIANCE 

 

La reliance est ce qui lie une personne aux éléments naturels, elle se fait aux divers composants de notre univers et y puise une dimension importante de notre identité. Cette reliance existe aussi comme pour nous rappeler que nous ne représentons qu’un infime fragment dans ce qui nous dépasse et représente la complexité de l’univers.

Sociologue de formation, Marcel Bolle de Bal précise encore le concept de reliance sociale, il la définit ainsi comme : « la création de liens entre des acteurs sociaux séparés, dont l’un au moins est une personne »[1].

Marcel Bolle de Bal part de la personne pour construire son concept de reliance. Mais, ce faisant, il est obligé d’en limiter les contours. Edgar Morin l’élargit au contraire et reconnaît une autre dimension : la reliance entre les idées et entre les choses, ce que Marcel Bolle de Bal accepte volontiers.

 

"Sur une minuscule planète perdue, faite d'un agrégat de détritus d'une étoile disparue, vouée apparemment aux convulsions, orages, éruptions, tremblements de terre, la vie est apparue comme une victoire inouïe des vertus de reliance...

Nous sommes à la pointe de la lutte pathétique de la reliance contre la séparation, la dispersion, la mort. En cela nous y avons développé la fraternité et l'amour.

Plus nous prenons conscience que nous sommes perdus dans l'univers et que nous sommes engagés dans une aventure inconnue, plus nous avons besoin d'être reliés à nos frères et soeurs en humanité.

L'éthique est, pour les individus autonomes et responsables, l'expression de l'impératif de reliance. Tout acte éthique, répétons-le, est en fait un acte de reliance, reliance avec autrui, reliance avec les siens, reliance avec la communauté, reliance avec l'humanité et, en dernière instance, insertion dans la reliance cosmique."[2]

 

L’homme, porté par l’instinct est poussé à rechercher cette reliance. Cette quête vers « les choses » de la vie serait un état, l’état qui fait que l’homme est relié malgré lui à ce qui l’entoure.

 

La reliance est donc par définition innée en tout à chacun, elle s’impose à nous et forme une connexion aux choses, à l’univers. Mais dans la reliance, n’y aurait-il pas une sorte de redondance ? Pourquoi avons-nous besoin de reliance, la liance ne serait-elle pas suffisante ?

Dans ce cas, la reliance n’est plus un état mais un acte.

 

Il y a donc bel et bien une rupture à un acte qui est décrit comme inné. A quel moment cette rupture s’est-elle manifestée ? Et  pourquoi ?

 

Dans la continuité de la pensée, la rupture dans la liance donne naissance à une déliance. Immergé dans la liance depuis notre naissance comme à la poursuite d’un infini, puis voués à la déliance qui symbolise un épuisement ou une révolte, la rébellion peut être. Mais ce n’est que la moitié du chemin auquel nous sommes destinés, la reliance s’impose à nous comme un remède à un mal être ou une remise sur le droit chemin.

La reliance est une forme de résistance, un besoin de se raccrocher pour ne pas subir la finitude et de s’opposer à la mort. La résistance est traduite par la dissolution de l’identité personnelle dans une entité plus grande comme pour se réfugier ou demander une protection à une fin inévitable malgré lui.

 

Si un quelconque besoin de « Re-liance » se fait de plus en plus sentir au sein d’une société contemporaine avide d’appartenance mais au même moment de démarcation, c’est aussi pour combler un manque de compréhension ou une manière de se rebeller contre un système qui nous veut identiques, forgés dans des moules sociaux rigides. C’est alors que la division et la « Dé-liance » se font sentir. La dislocation en est une preuve réelle et au même moment une cause dans notre aire actuelle.

 

 « …la reliance implique que l’on retrouve quelque chose de perdu, potentiellement présent. »[3]

 

Escher-mains-se-dessinant-1948-copie-1.jpg

                                                                                                             Mains se dessinant, Escher

 

Une dualité de plus qui émerge : Reliance/Déliance. Un couple duel instable qui rend compte des enjeux  fondamentaux contemporains. Ils existent l’un à travers l’autre donnant une signification aussi bien spatiale que temporelle ou encore affective.

 

En se basant sur la dislocation comme facteur contemporain de cette dualité, nous essaierons de matérialiser cette dualité en 2 cas de figures différents par leurs approches :

 

-          Le pont

-          La médina, précisément celle de Tunis.

 

 Par Faten Guermazi



[1] M.Bolle de Bal, La reliance ou la médiatisation du lien social : la dimension sociologique d’un concept charnière, in Voyages au coeur des sciences humaines, T.1, éd. L’Harmattan, 1996, p.69

[2] EDGAR MORIN, La Méthode 6.dans Éthique, ed. du Seuil, 2004.

[3] MARCEL BOLLE DE BAL, citation d’EDGAR MORIN, Au-delà des concepts et des disciplines, dans « Voyages au cœur des sciences humaines de la reliance », éd. L’Harmattan, 1996, pp.323.


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Jeudi 7 avril 2011 4 07 /04 /Avr /2011 12:01

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« La couleur noire renferme l’indicible vivant. Son champ mental est le siège

de tous les inattendus, de tous les paroxysmes. Son prestige escorte les poètes

et prépare les hommes d’action »1

Peut-on faire du noir -de sa couleur ou de sa non-couleur- un élément moderne et

fondateur de la création architecturale ?

Le noir peut-il, par ce qu’il inspire, être le germe d’une oeuvre architecturale ?

« Créer c’est oser regarder dans le noir »2... De quel noir s’agit-il ? De cette pénombre

où viennent se mêler les disciplines pour accoucher d’une architecture ou bien ne

s’agit-il que de ces pensées obscures qui s’entrecroisent aux frontières de

l’imaginaire ?

Et si le noir fabriquait l’architecture, est un mémoire que j’ai entrepris en 2007 et soutenue

pour mon mémoire de diplôme d’architecture en juin 2008.

Aujourd’hui, pus que jamais, après trois années de vie professionnelle dans une

agence d’architecture, je pense que nos désirs  changent, « le jeu savant, correct et

magnifique des volumes sous la lumière » n’est plus vraiment à l’ordre du jour. Nous

vivons dans une société, qui ne cesse d’innover, de créer, de découvrir... Les nouvelles

technologies permettent à l’architecte et à l’architecture, d’atteindre la –perfection de

la ligne- , néanmoins je pense qu’a terme, tout ce hautement technologique ne sera

bénéfique que par rapport au quotidien de l’homme, à sa réalité sociale.

Et si l’avenir de l’architecture pouvait résider dans – l’imperfection de la ligne- ?

Il s’agirait de composer avec des fonctions opératoires, de se poser la question de

l’infini, d’aller vers une architecture et des espaces « polyphoniques ».

Et si le noir fabriquait cette architecture ? Une architecture ou il ne serait plus question

que d’assujettir, de contraindre, d’asservir, de limiter. Et si on repensait la façon de

créer l’architecture ? Si le fond de cette architecture était le noir, couleur qui par

essence se pose la question du rapport entre les choses ? Qu’adviendrait-il des choix

de l’architecte face à la réalité qui lui échappe ?

S’agira t-il de résister ? de suivre le mouvement ? ou encore de se permettre de créer

un nouveau champ de possible ?

 

"Ils ne savaient pas que c'était impossible, alors ils l'ont fait",

 

L’architecture de - l’imperfection de la ligne – ,

Comment ne rien oublier de l’architecture, même quand sa forme l’a déjà élu ?

 

http://www.zinebandressarraki.com/zinebarraki/et-si-le-noir-fabriquait-larchitecture/


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Mardi 29 mars 2011 2 29 /03 /Mars /2011 11:02

Cas d'étude: le concours de la Grande Arche à la Défense


Chaque ville a son image, un symbole représentatif de caractères particuliers de son histoire, traduit par son architecture et son urbanisme. Le « Paris contemporain » possède parmi ses caractéristiques les plus marquantes, un réseau de grandes avenues rectilignes, ornées d’arbres, faisant la liaison entre grandes places, monuments historiques ou équipements publics.

Dans cette structure particulièrement lisible et originale, rien n’est plus important, plus riche de monuments symboliques et plus cher au cœur des Parisiens ainsi que des visiteurs que le grand axe est-ouest, aussi appelé « la voie triomphale ».


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Figure 01 - Pespective schématique de l’axe historiquedepuis le Palais du Louvre à La Défense.


Franchissant depuis la statue équestre de Louis XIV (présente dans la cour Napoléon du Palais du Louvre) jusqu’à la Grande Arche de La Défense, l’axe historique de Paris foisonne d’une grande diversité de monuments architecturaux et urbanistiques, riches en symboliques et en rapport avec l’histoire du développement de la capitale, voire même de la France.

Le rythme, la forme et l'échelle des monuments

Le rythme, qu'en grec signifie « l’eau que coule », nous mène à une continuité symbolique très présente dans l'axe. Quel que soit le rythme, il contient nécessairement un élément de mouvement. Un élément succède à un autre, et la corrélation entre ce que l’on perçoit et ce que l’on a perçu l’instant précédent constitue l’essence de la sensation rythmique. Cette sensation, crée par la corrélation entre les éléments qui existent réellement, par leur existence simultanée et réciproque.

En effet, le charme rythmique qui émane de l’axe historique, s’explique par le fait que chaque fois que nous lui jetons un regard, nous répétons mentalement la progression horizontale des avenues en rapport avec les monuments dans leur continuité. Ce que nous pouvons apercevoir dans la continuité de l’axe historique est un mouvement passif, réfléchi, qui n’empêche pas la perception individuelle de chaque élément composante de l’axe, mais aussi la trajectoire entière de cette horizontalité dynamique qui s’opère de façon passive dans notre regard.

Le dialogue existant entre les arches - Arc du Triomphe du Carrousel, de l’Étoile et la Grande Arche - s’insère dans un sentiment rythmique de répétition. Néanmoins, nous ne pouvons pas dire que cette répétition se fait de façon régulière, ni une régularité chronologique ni par leurs emplacements par rapport à l’origine de l’axe historique. Ce sentiment est plus remarquable par leur forme, leur mise en rapport avec l’axe et la symbolique de leur parcours, mis en évidence comme la perception visuelle de l’ensemble.


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Figure 02 - Vue depuis la cour Napoléon montre le Palais des Tuileries figurant entre les deux arcs.


La répétition d’éléments dans l’axe n’est pas l’aspect plus remarquable dans son contexte. Néanmoins, quelques aspects de ressemblance entre leurs formes et symboliques permettent la perception d’un rapport qu’enrichit leur importance globale, mais qui n’est pas en soi l’élément primaire.

La perception et le rapport avec ceux qu’y voient ou utilisent cette architecture est notée par leur réaction, consciemment ou non, à ces formes. Depuis toujours, les architectes ont essayé d’ériger des formes suivant les règles de proportion et de composition devant lesquelles les spectateurs sont sensibles. La fonction n’est pas suffisante à elle-même pour définir la moindre forme pour un monument ou bâtiment. Mais la forme, dit-on, suit la fonction. Pour une avenue utilisée par les rois, mais aussi un espace d’agrément, les 70 mètres de largeur permettaient un bon rapport visuel avec l’horizontalité de l’allée d’ormes et son aspect visuel.

Il existe un rapport étroit entre la forme et la signification des objets. Il en est de même entre leur échelle et leur taille, leur importance et leur signification par rapport à d’autres choses. Quelque soit son degré d’utilité, l’échelle d’un bâtiment ou d’un espace donné implique un arrangement ordonné de différentes dimensions. Le choix éventuel de tailles particulières présente un outil de grand intérêt pour les architectes. Cela peut souvent être le signe que, derrière cette différence de taille, se cache un événement particulièrement important.

Parmi les notions d’échelle utilisées, celle qui appartient le plus à l’ensemble des composants de l’axe historique est l’échelle dite « monumentale », qui représente une mesure au-delà des rapports existants avec l’être humain. L’importance historique de l’ensemble des monuments qui composent l’axe est de ce fait toujours remarquable par leurs grandes dimensions.

Les deux premiers composants - la statue équestre de Louis XIV et l’arc de triomphe du Carrousel - peuvent être perçus comme des exemples que ne traduisent pas l’aspect « triomphal » de l’axe. Selon Charles Moore, «l’important est que la taille d’un objet est comparée à celle d’un autre et qu’une conséquence graphique en résulte. Leurs dimensions en rapport aux autres monuments les font perdre part de leur aspect symbolique dans le contexte général, où la grande échelle semble obligatoire ».

En ce qui concerne les autres composantes, leurs échelles semblent toujours monumentales. Que ce soit par l’aspect bâti des monuments comme Le Louvre ou l’Arc de Triomphe de l’Étoile, ou par des espaces comme la Place de la Concorde ou les Jardins de Tuileries, leur histoire montre un rapport existant avec l’aspect monumental de l’échelle ou leur aménagement, pour agrandir et enrichir la symbolique de ces espaces.

Une des forces de l’échelle architecturale vient du fait qu’elle ne se limite pas à un seul type de relations. L’échelle peut aussi être un système de codifications entre plusieurs éléments.

Le résultat de la mise en place des divers éléments qui possèdent dans leur échelle des éléments de liaison et rapport, peut être un message simple et clair par lequel une hiérarchie ordonnée nous est révélée. Mais dans le cas de l’axe historique, ces relations ne suivent pas une composition équilibrée, ce qui pourrait apporter une richesse encore plus grande dans son ensemble.

Le concours Tête Défense et l'avenir de l'axe

Dans les années 1970, la proposition d'un nouveau bâtiment est élaborée dans l’axe historique de Paris. Conçu par l'architecte sino-américain Ieoh Ming Pei, il s’agissait de deux tours dans le site de La Défense. Le projet ne fut finalement pas réalisé en l'état, mais il a considérablement enrichit les discussions sur l’avenir de l’axe historique.

Les débats publics d’ordre architectural et urbanistique sur l’axe opposaient un grand nombre de tenants de la « fermeture » aux partisans de l’ « ouverture ». Le principal argument des premiers est que le paysage change de nature et d’échelle au-delà de la Tête Défense. Les tenants de l’ouverture soulignent qu’en urbanisme, les solutions ouvertes sont toujours préférables car elles laissent la possibilité d’ajouter plus tard d’autres compositions urbaines.

L’opposition « fermé-ouvert » se traduisait aussi au niveau de la symbolique architecturale des propositions qui ont été conçues. Celle de Pei, dont deux volumes symétriques reliés par une parabole suggéraient des images de porte ouverte, s’opposait à celle d’Émile Aillaud, dont la façade-miroir évoquait le retour nostalgique de l’axe vers Paris.

Quelques consultations ont suivies les propositions initiales, visant à l’élaboration d’un projet à se faire édifier dans le site de Tête Défense. Néanmoins, les règlements de ces consultations limitaient la hauteur des propositions à 35 mètres de haut, pour ne pas les rendre visibles sous la voûte de l’Arc de Triomphe depuis les Champs-Elysées. L’intention initiale de préserver intacte l’importance symbolique de la perspective visuelle depuis les Champs-Elysées a mis en évidence deux difficultés majeures : d’abord, la hauteur de 35 mètres allait dans le sens opposé de la servitude propre aux immeubles de bureaux dans la composition existante à La Défense ; et deuxièmement, le principe constant dans l’urbanisme parisien où les constructions placées dans l’axe d’une grande avenue soient des bâtiments publics ou des grands monuments.

Pour ces raisons, en septembre 1981 le gouvernement a décidé de reprendre la proposition d’une consultation internationale pour le site à La Défense, sur la base d’un programme plus ambitieux et plus significatif. Les intentions du gouvernement de marquer les années quatre-vingt par de grandes opérations de caractère culturel, différemment des tendances fonctionnalistes des années soixante qui caractérisent le quartier de La Défense, un projet politique qui témoigne d’une culture universaliste porteuse d’un message de liberté.


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Figure 03 - Esquisse de l’architecte danois Johan Otto Spreckelsen, soumis au concours Tête Défense.

L’objectif sera d’établir les aspects symboliques et fonctionnels qui font de cette œuvre une des plus remarquables réalisations de la fin du XXème siècle. 

 

Par André Bastos


GINZBOURG, Moisei, Le rythme en architecture, éditions Gollion (Suisse), Paris, 2010, 138p.

 MOORE, Charles W., L’architecture sensible : espace, échelle et forme, Dunod éditions, Paris 1981, 187p.

SALIGNON, Bernard, Rythme et arts : les fins de l'architecture, éditions Théétète, 2001, 177p.

 MINISTERE DE L’URBANISME ET DU LOGEMENT, Tête Défense : Concours international d’architecture, éditions Electa Moniteur, Paris, 1984, 207p.


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Jeudi 24 mars 2011 4 24 /03 /Mars /2011 21:56

« Le surréaisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d’associations négligées jusqu’à lui, à la toute puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution de principaux problèmes de la vie (…). »[1]

Le contexte de l’après-guerre a été le moteur de la création des avant-gardes. Face à la destruction physique et psychique qu’a engendré la Première Guerre mondiale les dadaïstes comme les surréalistes revendiquent la libération de l’individu. Ils estimaient que les valeurs bourgeoises et la pensée rationnelle étaient à l’origine de cette guerre. Les surréalistes s’adonnent à leurs expériences sans aucune censure avec le but d’accéder à la liberté totale.

Mais dans cette envie qu’ont les surréalistes de réveiller les forces du rêve et de l’imagination à travers leurs œuvres et écrits, ont-ils pensé à l’architecture ? Quelle représentation de l’espace engendre cette nouvelle manière de voir ? Comment se côtoient espace réel et espace imaginaire ? L’architecture surréaliste ne serait qu’un lieu mental ?

Le mouvement surréaliste a compté quelques architectes. Frederik Kiesler, qui a développé un projet d’architecture intra-utérine et a essayé de réfléchir sur une architecture magique. Avec son projet « Endless House », il revendique une maison qui puisse être une seconde peau pour l’individu. La maison doit représenter à la fois l’ « intérieur » de l’homme et son extérieur.

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Elle doit former un tout rassemblant l’homme et son environnement. On retrouve aussi le rêve à un retour à l’espace prénatal. Pour la majorité de ses projets, sa forme de prédilection restera l’ovoïde, symbole à la fois de l’univers et du sein maternel.

« Le « fonctionnalisme moderne » en architecture est mort. Tant que la « fonction » fut une survivance, sans examen même du Royaume du Corps sur quoi elle reposait, elle échoua et s’épuisa dans la mystique Hygiène + Esthéticisme (Le Bauhaus, le système de Le Corbusier, etc.). »[2]

Parallèlement, certains artistes comme A.Breton ou Tristan Tzara ont exprimé un rêve architectural en contradiction avec l’architecture du mouvement moderne et plus particulièrement à celle de Le Corbusier. Par exemple, Breton, dans Nadja, fait de la maison de verre non pas une « machine à habiter », mais une « machine à rêver » :

« Pour moi, je continuerai à habiter ma maison de verre, où l’on peut voir à toute heure qui vient me rendre visite, où tout ce qui est suspendu aux plafonds et aux murs tient comme par enchantement, où je repose la nuit sur un lit de verre aux draps de verre, où qui je suis m’apparaîtra tôt ou tard gravé en diamant. »[3]

Ils se sont aussi emparés de certains bâtiments qui leur semblaient correspondre à leurs aspirations. A.Breton étant fasciné par le Palais du Facteur cheval et Dali par l’architecture Modern’style (qu’il associe à des photos de malades hystériques de Charcot). Pour celui-ci,  aucun « effort collectif n’est arrivé à créer un monde de rêve aussi pur et aussi troublant que ces bâtiments modern’style, lesquels, en marge de l’architecture, constituent, à eux seuls, de vraies réalisations de désirs solidifiés, où le plus violent et cruel automatisme trahit douloureusement la haine de la réalité et le besoin de refuge dans un monde idéal, à la manière de ce qui se passe dans une névrose d’enfance. »

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 On peut voir chez certains artistes un engagement politique, notamment au parti communiste et au mouvement anarchiste. André Breton présente le surréalisme comme un mouvement révolutionnaire. Il publiera à partir de 1924 la revue La Révolution surréaliste. Ce contexte de révolution et cette envie de changer de regard sur la société et les hommes de manière subversive, peut être mis en relation avec la période révolutionnaire dans laquelle oeuvre J.J. Lequeu. Ce dessinateur en architecture travaille sur plusieurs projets de bâtiments entre 1779 et 1193, puis devient fonctionnaire d’Etat au ministère de l’Intérieur comme dessinateur. Lequeu a été formé à l’architecture à travers un savoir encyclopédique qu’il manie parfaitement. Mais il va tenter de réércire cette encyclopédie en la tournant en dérision afin d’ébranler les principes de convenance.

« Les architectures « introuvables » et combinatoires de Lequeu sont les compositions d’un dessinateur en architecture qui s’applique dans son œuvre-fiction d’architecte à construire à partir et donc contre l’Encyclopédie (aux racines de l’organisation sociale et moderne du travail d’architecte) un langage universel avec la ferme intention de nous en faire vivement constater les carences. »[4]

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Temple de la devination, JJ Lequeu

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Section perpendiculaire d'un souterrain de la maison gothique, JJ Lequeu

La majorité des planches représentant un édifice le traitent graphiquement en coupe, mais très rarement un plan. Cette façon de présenter le bâtiment donne immédiatement un visage et accentue le rapport de l’intérieur et de l’extérieur. Ces coupes sont d’autant plus spectaculaires qu’elles offrent un monde intérieur complètement en opposition avec la vision que l’on a de l’extérieur de l’architecture. De l’extérieur, le bâtiment donne une image classique, immobile, froide. En revanche, la coupe nous montre un intérieur fantasmagorique, surprenant, avec parfois des parcours intérieurs insoupçonnés (Section perpendiculaire d’un souterrain de la maison gothique). Dans la planche Temple de la devination, la qualité onirique est seulement suggérée grâce aux volutes de fumée mystérieuse qui sort du bâtiment. Ce travail peut, peut-être, trouver echo dans le fantasme des surréalistes de maison intra-utérine. D’autant plus que Lequeu a dessiné de manière architecturale des sexes féminins (à la manière d’une coupe).

Kaufmann termine son étude monographique sur Lequeu ainsi : « Les fantaisies bizarres de Lequeu dévoilent bien son époque à quiconque s’intéresse plus au développement des idées artistiques qu’à la lutte pour le progrès technique. Bien qu’il ait évoqué des époques révolues et des pays lointains, il n’en était pas moins le précurseur d’importantes tendances du XXème siècle. A son époque, comme de nos jours, l’agitation et l’incertitude inspirèrent d’étranges crétions ; tout comme aujourd’hui, l’expression comptait plus que la forme ; tout comme aujourd’hui, des œuvres grandes et majestueuses émergèrent du tourment. Je ne voudrais pas suggérer un lien direct entre 1800 et 1900 ; ce qui m’intéresse, c’est la continuité des idées. »[5]

 La porte de la chasse du prince

La porte de chasse du prince , JJ Lequeu

J.Chapelier 



[1]  A Breton, Manifeste du Surréalisme, Folio Essais, 1973

[2]F.Kiesler, L’architecture magique de la salle de superstition,Ex trait du catalogue de l’exposition internationale du Surréalisme, Galerie Maeght, Paris, 1947

[3]A.Breton, Nadja, Folio Classique, Paris, 2007

[4] Philippe Duboy, Lequeu, une énigme, Hazan, Paris, 1987, p24

[5]Emil Kaufmann, Trois architectes révolutionnaires, Boullée, Ledoux, Lequeu, Paris, 1978

 


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Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 00:15

              im1.jpgSi inlassablement, par petites touches ou à grands traits, les villes se transforment, ces évolutions permanentes dessinent les formes urbaines et sont synonyme de vitalité. Dans une ville aussi densément construite que Paris par exemple, ces variations sont très subtiles et la raréfaction du foncier disponible pose la question du seuil de saturation des espaces urbains, soulevant une interrogation incontournable : quelle densité pour quelle qualité de vie urbaine? La densité urbaine dans la ville nous à poussé à réfléchir sur de nouvelles formes spatiales urbaines à la fois plus compact et plus verte pour répondre au besoin des jardins. Dans les villes denses on n’arrive pas tous à avoir un jardin mais on arrive à voir un jardin sur notre chemin. La création de ces nouvelles formes urbaines de jardin est-elle une quête d’esthétique urbaine ou un besoin vital ? Durant la deuxième moitié du vingtième siècle, le développement intense de l’industrie, la densité des populations urbaines, l’augmentation de la quantité et de la rapidité des véhicules de transport déterminent le rythme trépidant de la vie moderne qui laisse peu de place à la contemplation et à la culture des plantes. Cependant, à toutes les époques, les hommes ont eu le goût de la nature et du jardin. Depuis les temps immémoriaux les jardins sont des objets de culture incontestables et universels ils n’ont pas cesser d’exister; « Le jardin était un lieu d’une puissante métaphore, métaphore qui se fondait sur le lexique mais qui jouait aussi bien des mots et des objets, métaphore qui englobait tout l’univers social comme le monde des dieux » disait Y Moncef dans son livre Jardins d’orient. En effet le jardin constitue une source infinie de métaphores qui évoquent les métamorphoses culturelles et qui prouve l’existence des différents groupes sociaux à travers l’histoire. Les jardins ne sont pas dans leurs ensembles révélateurs de significations précises. Ils prédisposent, ils ouvrent à la production de sens par quiconque s’y aventure. Les jardins sont animés par les diverses transformations de l’homme tout au long de sa grande aventure sur terre. D’après Michel Foucault dans son texte Des espaces autres « Le jardin c’est la plus petite parcelle au monde et puis c’est la totalité du monde » Depuis le fond de l’antiquité le jardin est une sorte d’hétérotopie heureuse et universalisante, une création millénaire avec des significations profondes et superposés, c’est la perfection symbolique. « Le jardin est une expérience métonymique d’un voyage à travers le temps ».

 

Aujourd’hui, chacun s’efforce de concilier cette aspiration naturelle avec les sujétions de la vie contemporaine. Cette conciliation est d’autant plus impérative qu’il ne s’agit plus seulement de satisfaire une prédisposition sentimentale mais d’assurer ce qui est nécessité vitale par son caractère physiologique autant que psychologique. De nos jours, quel est l’impact de ces jardins urbains sur l’homme ? Des projets d’architecture en ville abordent les questions liées à l’environnement dans une vision globale qui met les dispositifs techniques en situation dans un contexte urbain et qui, réciproquement, prends la ville dense comme base d’une approche nouvelle du projet. La densité n’exclut ni les vides, ni la nature, les bâtiments deviennent jardins, les frontières des programmes s’effacent dans une mixité stimulante. Un bâtiment peut être un jardin et un jardin un bâtiment ,exemples ; Les jardins dans les fenêtres et balcons, la toiture jardin ou toiture végétale aussi le mur jardin ou mur végétal ou jardin vertical ainsi que les serres et plusieurs autres formes spatiales du jardins qui envahissent la ville dense petit a petit.

 

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Acceptée, désirée, refusée, la notion de densité soulève controverses et incompréhensions. La ville est pourtant par essence un espace dense : de tout temps, la compacité urbaine a facilité le mélange des fonctions et l'optimisation des réseaux. Plus économes en espace, les villes agglomérées offrent un espace public vivant, porteur de liens sociaux et d'échanges. Mais de quelle densité parle-t-on ? Qu’est est l’impact de cette densité sur le devenir du jardin ? Quels rapports entretiennent la densité avec les nouvelles formes urbaines ? Et cette ville dense répond elle aux besoins des habitants d’aujourd’hui, suscite-elle l’envie d’y vivre ? Est ce que ces nouvelles formes urbaines du « mini jardin » répondent aux besoins de l’homme d’aujourd’hui ? Est-on arrivé à avoir une nature à portée de main et peut on recréer un nouveau lien insolite entre ville et nature ? Peut-on implanter des jardins dans une ville soumise aux contraintes financières et économiques et à la densité urbaine ? 

 

Par Yasmine Ben Mohamed



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Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 17:41

 

Si il est souvent réduit à un loisir futile ou à la satisfaction de divers besoins biologiques, le thème du jeu permet de percevoir la vie humaine sous un angle élargi et particulier.

Aux antipodes d'une activité annexe, séparée et détentrice de sa propre fin, il constitue un mode d'existence, un organisme complet, riche et cohérent, une marge de liberté et de création autonome.

Considérant le jeu comme un moyen d'existence optimiste, un espace-temps exacerbant la capacité humaine à être libre dans son être, son rapport au monde et son rapport à autrui, nous faisons le postulat que le jeu ainsi envisagé existe dans la société contemporaine, non plus en tant qu'activités appelées ''jeux'' mais là où on ne le nomme pas, sous la forme de forces vivantes inestimables.

Caractérisé par la mise en place d’une situation spatiale et temporelle, le jeu est aussi le lieu de la déconstruction et la réinvention qui en découle. C’est un troisième caractère que nous nous attacherons à comprendre ici: la gratuité, ou libre dépense.

Marcel Mauss, sociologue français c'est intéressé au don comme survivance actuelle d'une pratique sociale essentielle dans des sociétés anciennes: une forme d'échange complexe de richesses non monétaires. Sortant le don de ses interprétations chrétiennes ou utilitaristes, il l'intègre à une vision idéaliste et progressiste de la société moderne de l'entre deux guerres (propriété artistique, mutualisation sociale, morale de groupe). Le don n’est donc pas un acte désintéressé charitable et vertueux comme l'indiquerait une lecture moraliste, mais plutôt un moment ponctuel appartenant à un vaste ensemble d'échanges sociaux et non marchands. Il ne porte donc pas sa fin en soi.

En effet, le don n'est pas unilatéral: il engage les individus et les met en relation à travers la triple obligation de « donner, recevoir et rendre ». Calqué sur la nature dont les ressources inépuisables (à certaines conditions s'entend) et inestimables, sont sans cesse renouvelées, il est un moyen pour l'homme de rassemblement, de dépense et de fête.

Intégrant la gratuité, le jeu est indépendant de toute notion de productivité concrète, de satisfaction des besoins matériels et s’oppose au travail.

Pour Mauss, la gratuité dans la société moderne est la survivance de traditions primitives, témoignant du sens supérieur de la dépense libre en tant que mise en relation des humains entre eux et par rapport au monde qui les entoure. Parmi elles, le potlatch existant dans les sociétés du nord-ouest des états unis, et qui a également intéressé les situationnistes. Le potlatch est un échange de richesses par don, le donateur prouvant sa richesse et instituant un rapport avec le donataire (individu ou groupe). Les transferts de richesses ne concernent pas uniquement des biens: il s’agit également de «politesses, des festins, des rites, des services militaires, des femmes, des enfants, des danses, des fêtes, des foires, dont le marché n’est qu’un des moments et où la circulation des richesses n’est qu’une des formes d’un contrat beaucoup plus général et beaucoup plus permanent»: « le système des prestations totales ».

Par la gratuité inhérente au jeu, l'homme dépense librement et avec plaisir, fait circuler, transmet les valeurs et se met dans une situation d'équilibre avec le monde. Les échanges tangibles, matérialisent et symbolisent des valeurs inestimables et non usuelles. L'intérêt de cette pratique réside dans le fait qu'il s'agit d'un système relationnel basé sur des échanges infinis, et non plus d'un don unilatéral, asservissant celui qui le reçoit.

 

Depuis une dizaine d'années, nous pouvons observer à l'échelle mondiale le développement d'un ensemble de pratiques architecturales inventives et en marge de l'exercice encadré par les ordres professionnels. Ces méthodes hétéroclites constituent autant de modes d'action de la part d'architectes désireux de se positionner de façon engagée, active et critique au sein de la société actuelle. Du reste, ces pratiques sont pour la plupart collectives, et qui plus est, elles-mêmes mises en relation sous la forme de groupements occasionnels.

En l'absence de rapport hiérarchique entre architecte et usagers, il s'agit ici de provoquer un jeu autour et à partir de l'architecture, de créer un moment de partage, de rassemblement, de jeu social. L'architecture se mêle à un état créatif général, remettant en question le sens de son habituelle utilité et nécessité, et exprimant sa nature critique et politique. L'émulation collective conduit à la constitution d'une sorte de trésor offert à tous, et dont la valeur est toute relative. Il n'est alors plus question d'habituel, d'utilité, de rentabilité, de quotidien, de contraintes ou de repères.

Il nous semble qu'un certain nombre de ces pratiques architecturales contemporaines emploient le don comme phase d'un vaste échange humain symbolique. En effet, ils ont fréquemment pour origine des initiatives personnelles et sont rarement rémunérateurs, en terme d’honoraires pour les agences.

Ils peuvent être vus comme l'amorce optimiste de la mise en place de nouveaux échanges humains: un espace-temps offert, souvent festif, qui générerait à son tour une réaction créative. Ces architectes se font donneurs au sens explicité par Mauss: non pas généreux et désintéressés mais plutôt dans l'attente d'un retour et de la poursuite d'un échange. Nous pouvons nous demander ce que ces architectes espèrent, à l'image par exemple des lettristes diffusant leur bulletin, précisément nommé Potlatch,  gratuitement et attendant en retour la réaction des lecteurs et la constitution d'un groupe révolutionnaire.


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 cirugeda - la diffusion du mode d'emploi - Kuvas

Parmi ces pratiques contemporaines, celle de l'architecte espagnol Santiago Cirugeda constitue un exemple de pratique considérée non pas en tant que fin mais en tant que moment prenant place dans un échange plus vaste avec tout citoyen désirant s’approprier un lieu urbain.

Etudiant précisément le cadre législatif urbanistique espagnol, notamment les limites entre espaces publiques et privés, il déniche les incertitudes et les manques des réglementations. De ces marges, découlent des espaces de liberté permettant de dégager des possibles espaces d’action pour les habitants des villes. Considérant que son travail appartient au domaine public, Cirugeda délivre ouvertement les ingrédients de ses « recettes urbaines » sur son site internet, et dans un ouvrage disponible en librairies. Ses «stratégies d’occupation subversives» sont autant de modes d’emploi légaux permettant de mettre en place les bases d’actions futures des citoyens des villes.

L'architecte diffuse son savoir-faire et s'en fait donc le passeur, afin qu’elles soient réinterprétées à leur tour et mises en application dans d’autres lieux...


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 patrick bouchain - l'appel à la diffusion du prendre soin - construire ensemble à tourcoing

Un second exemple de pratique architecturale contemporaines intégrant le don est celle de Patrick Bouchain, qui pose la question de l'échange de façon explicite: comment serait-il possible aux habitants des logements sociaux de « rendre » ce qu'on lui a donné au travers d'un logement à prix modéré? Autrement dit: comment la valeur d'usage qu'il est capable d'apporter peut constituer un moyen d'échange non monétaire? Quel est le sens de la rémunération monétaire de l'architecte? Quelles peuvent en être les alternatives?

A travers ces projets de logements, Bouchain cherche à trouver les solutions concrètes permettant que le don qui est fait par la société à travers la fourniture d'un logement social par exemple, puisse être rendu par les habitants. Différents dispositifs atypiques sont par conséquent mis en place dans ses projets: donner de l'importance aux valeurs ajoutées par les occupants, qu'il s'agisse d'« apport-travail » dans le cas d'aménagements de l'architecture, ou de « valeur sociale, culturelle et historique », dans le cas de l'appropriation de logements. Reconsidérer la valeur d'usage permet de rendre le don initial, qui perd ainsi sa connotation caritative.

émilie queney


M. Mauss, Essai sur le don

Guy Debord, Potlatch, présentation de 1985

S. Cirugeda, Quaderns n°224

Revue Criticat, n°4 septembre 2009

 


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Vendredi 18 mars 2011 5 18 /03 /Mars /2011 17:35

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"Puisque les architectes, c’est bien connu, dévorent une théorie générale à chaque petit déjeuner, un philosophe qui s’assied à leur table se trouve toujours dans la situation du Petit Poucet : pour l’Ogre qui le reçoit, il n’est jamais que de la chair fraîche. Voilà pourquoi, si je ne souhaite pas faire l’éloge d’une oeuvre immense trop loin de mes compétences (et qui, de toutes façons, s’en passera fort bien), je voudrais me tenir à quelque distance pour ne pas être avalé tout cru… Il me suffira d’indiquer brièvement pourquoi l’attitude intellectuelle de Rem Koolhaas me semble avoir quelque ressemblance avec les petits modèles en papier de mon propre urbanisme philosophique –car un philosophe, au fond, ambitionne toujours de rendre plus urbaine la Cité Idéale et c’est pourquoi, par delà les malentendus, il y a toujours un peu de philosophie en architecture et beaucoup d’architecture en philosophie. 

... "

 

Suite de l'article : http://www.bruno-latour.fr/poparticles/poparticle/P-117_KOOLHAAS.html


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DPEA

DPEA est l'abréviation de Diplôme Propre aux Ecoles d'Architecture. C'est une formation post-diplôme qui s'inscrit dans la continuité des formations post-diplômes initiée par la réforme des études d'architecture en 1984.

Elle s’adresse aux étudiants qui souhaitent approfondir leur réflexion sur l’activité projectuelle et plus largement sur les savoirs théoriques et doctrinaux qui fondent les diverses conceptions de l’architecture.

Contenu

Il s’agit ainsi de développer une capacité à penser les opérations, les valeurs et les finalités de l’activité de projet et des pratiques de l’architecture, en commençant par une reconnaissance des modélisations propres aux doctrines architecturales, y compris celles des didactiques du projet.

L’objectif d’une telle formation est par définition d’orienter les étudiants vers la recherche et le doctorat, et en conséquence :

1. D’élaborer une réflexion sur les théories et les doctrines architecturales, en particulier dans leur rapport aux diverses critiques de la contemporanéité.

2. De développer la capacité à penser les opérations, les valeurs et les finalités de l’activité de projet.

3. De produire du matériel didactique et documentaire propre aux enseignements sur les théories et doctrines de l’architecture.

4. De penser la formation des théories et pratiques de l’architecture dans leur rapport aux sphères « spectaculaires » de la communication.

 

Équipe

Enseignants :

- Jacques Boulet (architecte DPLG, maître-assistant Ensaplv, chercheur à la MSH Paris-Nord)

- Chris Younès (professeur SHS, docteur en philosophie, HDR en philosophie)

- Eric Daniel-Lacombe (architecte DPLG, maître-assistant Ville et Territoire, docteur en urbanisme)

- Véronique Fabbri (professeur SHS, docteur en philosophie, HDR en philosophie)

- Marc-Antoine Durand (architecte DPLG, DEA philosophie)

 

Les étudiants :

Zineb Arraki

Eun Sook Bae

André Filipe Bastos

Manuel Bello Mercano

Yasmine Ben Mohamed

Fabien Bidaut

Juliette Chapelier

Julien Cohendy

Aurélie Dufourg

Faten Guermazi

Fabienne Louyot

Abdou Menjra

Kalomoira-Maria Pagoni

Emilie Queney

Jonathan Rouvillois

Duc Trung Tran

Hasti Valipour Goudarzi

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